Notre FUTUR

Mémoires d’un toit en tôle

Moorgane raconte l’envers de son décor familial : dix-neuf ans de coups, de cris et de peur. Sous l’emprise d’un père alcoolique et violent, sa vie n’était que douleur. Contrairement à d’autres jeunes, elle a vécu la séparation de ses parents comme une délivrance. Ses mots claquent comme une revanche sur le silence.

ĂŠtre albinos Ă  Madagascar : une vie sous menace

Ari Fé, 25 ans, est journaliste dans une télévision privée d’Antananarivo. Habituée à couvrir les sujets de société, elle a été profondément marquée par les violences subies par les personnes atteintes d’albinisme à Madagascar. Derrière les mythes et les traditions qui perdurent, elle dénonce une réalité terrifiante : celle d’une véritable chasse aux albinos, conduisant parfois à des rapts et des assassinats .

Le taxi-train, tu connais ?

Alors que Maurice s’est doté d’un métro léger pour relier ses grands centres urbains, les quartiers périphériques de sa capitale doivent encore composer avec des bus poussifs et capricieux : chaleur, attente et cafards au programme

J’ai peur de l’impact de ce projet

J’ai peur de l’impact de ce projet Je suis très prĂ©occupĂ©e par la perspective de l’agrandissement de l’aĂ©roport de Plaine Corail. Je ne suis pas contre le dĂ©veloppement, mais cela me fait un peu peur pour mon Ă®le, son authenticitĂ© et ses ressources.    En ce moment, on entend un peu partout parler des avantages de cet agrandissement : plus de touristes, crĂ©ation d’emplois etc.  Mais pourquoi ne parle-t-on pas aussi des dĂ©savantages ? Personnellement, je crains que petite Ă®le Rodrigues, authentique, magnifique, tranquille, change drastiquement dans les annĂ©es Ă  venir.   Je voudrais aussi que l’on parle de la question des ressources. Nous sommes tous conscients du problème de l’eau Ă  Rodrigues. Ă€ l’heure actuelle, l’eau n’est pas suffisante pour la population. Et on s’attend, avec l’agrandissement de l’aĂ©roport de Plaine Corail, Ă  accueillir beaucoup plus de touristes. OĂą va-t-on trouver cette eau?    Ce dĂ©veloppement est un cycle pour moi. Plus de touristes = plus de nourriture = plus d’eau = plus de camions d’eau achetĂ©s par les hĂ´tels pour satisfaire les besoins des touristes.   Mais comment nous, Rodriguais, allons-nous survivre ? Parce que pour survivre, il n’y a pas que l’argent.    C’est la grande question que l’on ne pose pas   Lauralie, 17 ans

C’est une formidable occasion pour crĂ©er de l’emploi

Depuis toute petite, je rêvais d’être hôtesse de l’air pour pouvoir parcourir le monde, d’abord aller à Maurice. Je ne l’ai pas encore fait. Un aéroport, c’est bien, cela nous aide à aller ailleurs, découvrir d’autres endroits, se développer personnellement.

Et le developpement durable dans tout ça ?

Et le developpement durable dans tout ça ? Je ne suis pas contre le dĂ©veloppement, mais cela me fait un peu peur pour mon Ă®le, son authenticitĂ© et ses ressources.   En ce moment, on entend un peu partout parler des avantages de cet agrandissement : plus de touristes, crĂ©ation d’emplois etc.  Mais pourquoi ne parle-t-on pas aussi des dĂ©savantages ? Personnellement, je crains que petite Ă®le Rodrigues, authentique, magnifique, tranquille, change drastiquement dans les annĂ©es Ă  venir.   Je voudrais aussi que l’on parle de la question des ressources. Nous sommes tous conscients du problème de l’eau Ă  Rodrigues. Ă€ l’heure actuelle, l’eau n’est pas suffisante pour la population. Et on s’attend, avec l’agrandissement de l’aĂ©roport de Plaine Corail, Ă  accueillir beaucoup plus de touristes. OĂą va-t-on trouver cette eau?    Ce dĂ©veloppement est un cycle pour moi. Plus de touristes = plus de nourriture = plus d’eau = plus de camions d’eau achetĂ©s par les hĂ´tels pour satisfaire les besoins des touristes.   Mais comment nous, Rodriguais, allons-nous survivre ? Parce que pour survivre, il n’y a pas que l’argent.    C’est la grande question que l’on ne pose pas   Lauralie, 17 ans

Loin… et mieux

Céline, étudiante en deuxième année à l’École Hôtelière à Ebène, raconte comment un stage en France — qu’elle redoutait autant qu’elle espérait — lui a permis de changer complètement de perspective. Entre la peur de partir, le choc culturel et une révélation professionnelle inattendue, elle découvre loin de Maurice une nouvelle confiance en elle

Je ne suis pas une carte postale !

Jeune Mauricienne en hôtellerie, Amélia a passé six mois en France pour se former. Six mois pour apprendre le métier, la rigueur… et aussi le poids des clichés et remarques désobligeantes. Son récit, sous forme d’un poème, raconte cette blessure qui lui a aussi fait prendre conscience de ce que vivent les étudiants étrangers dans son propre pays. 

Au pays du tourisme : sourires et préjugés

Au pays du tourisme : sourires et préjugés De son village natale à Mahajanga à Madagascar, Marion se faisait une toute autre idée de  l’île Maurice ou elle a choisi de venir étudier. Elle pensait trouver un accueil chaleureux et un pays ouvert aux autres. Elle découvre à la place une forme de xénophobie insidieuse et tenace — envers elle, mais aussi envers d’autres immigrés — et ose aujourd’hui briser le silence malgré la peur de représailles.   Cela fait maintenant six mois que je vis à l’île Maurice.Je suis venue ici pour étudier le tourisme à l’école hôtelière d’Ébène, un rêve que ma famille a accepté de financer malgré les sacrifices que cela représente pour eux. Chez nous, à Madagascar, ce genre d’opportunité n’est pas donné à tout le monde. Mes parents se sont privés pour que je puisse poursuivre mes études à l’étranger, dans un pays réputé pour son accueil légendaire et son sourire mauricien.   Au début, j’étais pleine d’enthousiasme. On m’avait dit que les Mauriciens étaient accueillants, ouverts, gentils. Je croyais venir dans une île où je pourrais me sentir presque comme chez moi. Mais la réalité s’est révélée plus complexe.   Oui, beaucoup de personnes ont été chaleureuses et bienveillantes avec moi. Mais d’autres m’ont fait sentir que je n’étais pas la bienvenue. Il y a eu des regards froids, des silences pesants, parfois même des mots blessants. Rien de frontal, rien d’officiel, mais des piques, des moqueries, des boutades qui finissent par laisser des traces.   Parfois, on plaisante sur “les Malgaches qui font du maraboutage”. En fait, souvent à Maurice, les gens pensent que nous, Malgaches, pratiquons la magie noire dans notre quotidien ! D’autres fois, j’ai subi des remarques sur mon accent, ma manière de parler ou de m’habiller. Quand je suis avec d’autres amis malgaches et que les gens nous entendent parler notre langue, ils nous regardent comme si c’était un péché de l’utiliser. Ce sont des détails, mais mis bout à bout, ils me rappellent sans cesse que je suis l’étrangère.   J’ai compris que le fameux sourire mauricien n’est pas pour tout le monde. Il s’adresse surtout aux touristes occidentaux, ceux qui dépensent, qui repartent avec de belles images. Mais quand on vient ici pour vivre, pour étudier, pour s’intégrer, le sourire se fige, se méfie.   Et dans une école de tourisme, c’est encore plus ironique. On nous enseigne à accueillir, à comprendre les autres cultures, mais dehors, je sens que l’accueil, le vrai, a des limites.   Je ne veux pas généraliser. J’ai rencontré des Mauriciens formidables, ouverts, curieux, avec qui je me sens bien. Mais il faut aussi le dire : la xénophobie, même douce, existe ici. Elle se cache dans les gestes, dans les attitudes, dans les mots chuchotés. Et ce n’est pas facile, à dix-neuf ans, de rester forte face à tout ça.   Être une immigrée, ce n’est pas un rôle qu’on choisit vraiment. C’est un costume qu’on enfile par nécessité. Parfois, il pèse lourd. J’apprends à avancer malgré tout, à me concentrer sur ce pourquoi je suis venue : mes études, mes rêves, mon avenir.   Je me dis que si j’arrive à surmonter cette épreuve, je serai plus forte encore.Et peut-être qu’un jour, ici comme ailleurs, le sourire ne sera plus une façade, mais un vrai geste d’humanité, offert sans conditions.   Marion, 22 ans Laisser un commentaire Annuler la réponse Connexion en tant que Samuel Joulia. Modifier votre profil. Se déconnecter ? Les champs obligatoires sont indiqués avec * Message*

Cheveux afro : and so what ?

Cheveux afro : and so what ? À Maurice, pendant longtemps, les cheveux crépus ont été stigmatisés, jugés dégradants ou disqualifiants. Aujourd’hui, une nouvelle génération de jeunes ose s’affirmer autrement : elle revendique leurs boucles naturelles et réinvente la fierté afro. Paola, 20 ans, étudiante et coiffeuse à temps partiel, fait partie de cette jeunesse qui assume pleinement son identité.   « Nation so seve pas pousser sa »…comprenez «  Les cheveux crépus ne poussent pas ». Depuis toute petite, j’ai entendu cette remarque dégradante à propos de mes cheveux bouclés et crépus. Ces mots m’ont longtemps fait douter et complexer : je n’osais pas les laisser libres, par peur des regards et du jugement des autres. On me répétait que mon afro-style n’était pas « présentable », que mes boucles n’étaient pas « normales ».   Pendant des années, je ne faisais que des brushings ou des lissages, presque chaque mois. J’ai même envisagé une kératine, histoire d’avoir  des cheveux lisse toute ma vie. Ce que je ne voyais pas à l’époque, c’était que c’étaient mes cheveux, que je les abîmais moi-même, et personne ne s’en souciait. Les autres étaient là, soit pour des commentaires blessants, soit des victimes comme moi qui vivaient aussi dans cette honte d’avoir des cheveux bouclés ou crépus.  J’ai fini par me demander à quoi ça sert de continuer à me cacher derrière un lissage ?   Il y a environ trois ans, j’ai commencé à assumer mes cheveux bouclés avec du volume. Peu à peu, j’ai réalisé que c’était un privilège de pouvoir les coiffer comme je le voulais : les laisser libres, les tresser, et occasionnellement faire une coiffure lisse, si j’en avais envie. J’ai aussi été inspirée par la chanteuse mauricienne Laura Beg, qui affirme fièrement sa magnifique chevelure bouclée dans tous ses clips.   Aujourd’hui, je constate que la société mauricienne évolue. La mode, les réseaux sociaux aident la jeune génération à se débarrasser de vieux complexes. Beaucoup de jeunes femmes s’acceptent telles qu’elles sont et exposent fièrement leurs cheveux afro naturels. À travers ma passion pour la coiffure, j’ai commencé à partager cette fierté : montrer qu’on peut assumer ses cheveux et ne pas se cacher derrière certaines normes.   Avant, je me contentais de proposer des brushings et lissages à mes clients qui sont principalement les membres de ma famille et mes amis. Maintenant, je me lance aussi dans les braids et les twists bouclés, qui demandent patience et savoir-faire. Ce qui me touche le plus, c’est de voir les personnes repartir de chez moi avec le sourire, plus confiantes, certaines prenant déjà rendez-vous pour la prochaine fois.   Je remarque également que le marché mauricien évolue : des boutiques spécialisées dans les « curly hair products » apparaissent et valorisent les boucles naturelles.   En tant que jeune fille de la société mauricienne, je veux dire aux autres : quelle que soit la longueur ou la texture de vos cheveux, bouclés, crépus ou lisses, il y a toujours de la valeur en vous et dans ce que vous êtes. Aujourd’hui, j’observe avec fierté que la jeune génération mauricienne assume de plus en plus ses origines afro et célèbre sa beauté naturelle.   Paola, 20 ans Laisser un commentaire Annuler la réponse Connexion en tant que Samuel Joulia. Modifier votre profil. Se déconnecter ? Les champs obligatoires sont indiqués avec * Message*