Pour les jeunes, par les jeunes de l’océan Indien
Durant son enfance à Grand LaFouche Corail, Rodrigues, Rayansen rêvait d’être prêtre… ou entrepreneur. C’est la 2ème option qu’il a pour l’instant réalisée, se lançant avec audace et énergie dans des créations qui commencent déjà à faire parler d’elles. À l’image de MO KAFE, où il plante, récolte, torréfie et commercialise son café sous un ingénieux dispositif. Ne pas se limiter à l’étroitesse d’un territoire et vivre pleinement ses rêves : c’est le message-exemple qu’il voudrait adresser aux autres jeunes.
Depuis tout petit, j’avais deux rêves : devenir prêtre ou entrepreneur. À la fin du collège, en Grade 11, j’ai fait le choix de devenir un vrai entrepreneur.
Mes parents, qui sont entrepreneurs eux-mêmes, m’ont soutenu dans mon choix. Je sais que ça n’aurait pas forcément été le cas avec d’autres parents, qui auraient sans doute insisté pour que j’aille faire des études supérieures puis obtenir un bon travail dans la fonction publique comme tout le monde.
J’ai commencé mes petits business vers 9-10 ans. Ma maman fabriquait de petites choses que j’allais vendre. Arrivé au secondaire, j’ai commencé à vendre des fruits locaux comme des citrons doux, frisiter, goyave de Chine. Puis je me suis tourné vers l’agriculture. Vers l’âge de 15 ans, je me suis mis à planter des giraumons et des carottes. Ça m’a rapporté pas mal. Mais à 16 ans j’ai redoublé au collège. Par la suite j’ai décidé de quitter l’école pour entrer dans « le monde des grands ».
Je me suis mis à travailler comme employé non rémunéré pour mon papa dans la construction, mais ça ne me dérange pas. J’applique la règle de Robert Kiyosaki qui dit « Ne travaille pas pour l’argent mais pour la connaissance ». Car si tu veux devenir un bon entrepreneur, il ne faut pas être obsédé par l’argent, même si le but est bien sûr d’en faire.
J’ai ensuite créé ma première vraie petite entreprise, MO KAFE. Vous allez sans doute dire que Papa m’a donné des fonds mais pas du tout. J’ai moi-même financé mon projet grâce à un autre petit business qui consistait à vendre des plantules d’arbres fruitiers. MO KAFE, c’est un café moulu 100% rodriguais, que je plante, que je torréfie, et que je commercialise dans de petits sachets de 150 gms qui offrent un dispositif particulier pour pouvoir faire couler son expresso directement dans sa tasse, sans machine. J’avance doucement mais sûrement.
Je voudrais dire aux jeunes : nos rêves sont illimités. Être à Rodrigues ne nous limite pas. Fais ce que tu as à faire parce que personne ne voit tes rêves comme toi tu les vois.
Tout est possible en sachant aussi garder les pieds sur terre.
Il est important d’écouter nos parents. Mais écouter ne veut pas forcément dire se conformer. Je suis convaincu que pour avoir des choses que tu n’as jamais obtenues, il faut faire des choses que tu n’as jamais faites.
Rayansen, 20 ans