Notre FUTUR

Déconnectée de force…

Dans un monde où avoir un téléphone est presque un rite de passage, elle fait figure d’exception. À 18 ans, sans écran ni réseau social, Smiling se sent coupée des autres, incomprise par ses parents et enfermée dans un quotidien sans connexion. Sa seule échappatoire : les livres, dernière porte ouverte sur l’ailleurs.

 

Je vais bientôt avoir 18 ans et je n’ai toujours pas de téléphone portable. Mes parents refusent catégoriquement de me donner un. Eux, ils disent qu’ils ont eu leur premier téléphone à 25 ans, et ils pensent que je peux aussi attendre jusque-là. J’ai essayé pendant longtemps de comprendre leur logique, leur posant continuellement la même question : « Pourquoi dois-je attendre 25 ans pour avoir un téléphone comme tout le monde ? » C’est toujours le même refus, sans explications plus poussées.

 

J’ai beau leur expliquer que le fait d’être connectée est aussi un moyen de faire des recherches pour mes devoirs scolaires, de m’informer sur l’actualité ou de m’intéresser à certains sujets, rien n’y fait. C’est très frustrant. Quand j’en parle avec mes parents, cela finit toujours par des disputes. Ça a engendré tellement de conflits que de guerre lasse, je ne demande plus. Je ressens cette déconnection comme un vrai handicap, un obstacle qui me met en retard par rapport aux autres.

 

Puis, un jour, à force de discussions, j’ai compris que pour eux, avoir un téléphone, c’est être sur les réseaux sociaux, et sur les réseaux sociaux, ça veut dire avoir un petit ami. Et là, ils pensent que ça mène directement à des problèmes, comme tomber enceinte. Oui, vous avez bien compris, ils font tout un raccourci ! Et même moi, je me dis : « Quoi ?! Comment est-ce possible ? » Je comprends qu’ils veulent me protéger, mais franchement, c’est super exagéré. Les filles de mon collège ont toutes un portable, et elles n’attendent pas un bébé pour autant ! Quand j’en parle autour de moi, les filles n’en reviennent pas.

 

Mes parents ne se rendent pas compte que sans téléphone, je suis coupée du monde extérieur. À la maison, je suis seule. L’extérieur, c’est un monde plus vivant que chez moi. Je suis la seule de ma classe, je crois même de ma génération, à ne pas avoir de téléphone. Par la force des choses, je suis mise à l’écart. Je ne suis pas comme les autres. Je ne vois pas les mêmes choses qu’elles, je ne rigole pas aux mêmes blagues. Du coup, je suis un peu comme un « has been ». Ce n’est pas facile à supporter.

 

En fait, je ne vais nulle part sans être accompagnée par l’un de mes parents. Par exemple, quand je vais à la médiathèque ou à la bibliothèque – mes seules sorties – c’est ma maman qui m’accompagne. Je ne peux prendre que les livres qu’elle m’autorise à lire. Pas question de choisir des romans trop osés, selon elle. Je suis donc réduite à lire les classiques, mais heureusement, la littérature a toujours une part de rêve, d’extraordinaire et de choses interdites.

 

Finalement, c’est dans la lecture que je me réfugie. La lecture est pour moi une fenêtre. Non, c’est un portail vers un autre monde. Elle me donne des ailes pour avancer vers l’inconnu ou même vers le vide de l’oubli. En fait, la lecture forme une bulle autour de moi et m’empêche de dériver vers la folie. C’est mon refuge, ma protection contre tout ce qui me fait mal. Lire, c’est le moment où je peux laisser libre cours à mon imagination. Finalement, les livres m’offrent des amis et une liberté émotionelle. Pour le moment, c’est mon plus grand refuge, en attendant, peut-être, de pouvoir être connectée au monde dans quelques années… Par téléphone !

 

Smiling, 17 ans

 

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