Pour les jeunes, par les jeunes de l’océan Indien
Lauralie est thalassophile. Elle adore la mer. C’est dire si vivre à Rodrigues la comble. Vivant dans une famille qu’on dit modeste, elle loue la richesse de leur complicité et de leurs savoirs. Sa mère qui l’élève en l’encourageant à dire ce qu’elle pense. Ses oncles pêcheurs dont elle veut tout apprendre tant qu’ils sont encore là. Une ode à la gratitude d’une jeune fille éprise de transmission et d’authenticité.
Thalassophile : une personnne qui éprouve une profonde affection pour la mer et l’océan. Cette personne c’est moi.
Pour moi, la mer n’est pas seulement un élément naturel, mais un lieu de ressourcement, d’évasion et d’apaisement.
« Vous ne vous rendez pas compte de la chance que vous avez de vivre sur cette île magnifique », disent les touristes à chaque fois que j’en rencontre. Si, je m’en rends pleinement compte. Je suis très heureuse de la chance que j’ai de vivre à Rodrigues. Où je me réveille chaque matin avec une vue sur la mer.
Je suis d’une famille modeste, où notre complicité est notre plus grande richesse.
J’aimerais parler de mon oncle Richard. Il est un simple pêcheur, mais sa façon de vivre est pour moi le parfait exemple.
Un après-midi, alors que je rentre fatiguée de l’école, avec la seule envie de dormir, je vois cet oncle prendre sa moto. Sûr qu’il va pêcher. Sans perdre une seconde, je lui demande si je peux aller avec lui. Il me dit de descendre avec Sidney, son frère qui lui donne un coup de main de temps à autre. Je cours droit vers la maison, je prends mes palmes, mon masque, ma serviette et mon téléphone. Cinq minutes plus tard, je suis à moto derrière mon oncle Sidney. Avec la vue sur la mer du sud, je souris toute seule.
Une fois sur la plage, je commence à faire des vidéos. Oncle Sidney prend le contrôle du moteur et oncle Richard lui donne la direction. Seul oncle Richard sait où il a posé ses casiers comme il le dit si bien. Et oui, c’est de l’expérience qu’on parle.
Je me suis toujours dit « mo bizin aprann de li avan ki li ale ». Oui, je veux apprendre de lui avant qu’il s’en aille. Apprendre à lever les casiers. Peu de jeunes sont intéressés par cela. Mais moi, je veux être différente. Vivre une aventure qui me tient à cœur. Apprendre des grands pour pouvoir raconter à mes enfants.
Notre petite balade continue et plus je m’éloigne de la terre ferme, plus j’oublie tout autour de moi, l’école, les problèmes, la fatigue.
Il n’y a rien que moi et la mer.
J’aimerais dire aux jeunes de mon île qu’ils ne doivent pas avoir peur de dire d’où ils viennent.
Mes oncles, ce sont les deux personnes qui me font apprécier la vie comme elle est.
Je leur dois la ponctualité.
Je leur dois de savoir comment lever les casiers.
Je leur dois ma joie de vivre.
Je leur dois ma réussite.
Je leur dois tout ce qui fait de moi Lauralie.
Sans oublier ma maman, qui m’accompagne et me dit toujours de ne pas avoir peur de dire ce que je pense, de faire entendre ma voix haut et fort.
Comme je le fais ici.
Lauralie, 17 ans